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Archive for 2014

Entreprise sociale : un ajout à votre « coffre à outils ».

Par David LePage, Directeur, Accélération de l’impact social.

Il y a quelques jours, j’ai dû appeler un plombier pour régler le problème d’une fuite dans notre bureau.  Nous lui avons indiqué le robinet qui coulait.  Le problème qui s’était manifesté quelques jours auparavant par quelques gouttes s’était aggravé.  Le plombier a commencé par ouvrir son coffre à outils duquel il a retiré un énorme marteau !  Plutôt étonnés, nous lui avons demandé si c’était véritablement le bon outil pour résoudre notre problème.  Nous avons été encore plus étonnés par sa réponse : « Eh bien, c’est le seul outil que je possède et il a bien servi à régler le problème sur mon dernier chantier ; alors, pourquoi changer de cap maintenant?   En même temps, je dois vous informer que mes honoraires ont augmenté de 20 % depuis notre conversation au téléphone hier. »

C’est une allégorie que j’aime utiliser pour mettre en contexte les défis sociaux et économiques complexes que doivent relever bon nombre de nos collectivités.  Ce sont des questions difficiles et récurrentes et la difficulté semble s’intensifier en raison d’une pénurie de ressources et de la difficulté d’adapter nos techniques actuelles.  Tandis que les problèmes augmentent en complexité, les outils dont nous disposons se limitent aux mêmes vieilles approches.  Les  frais sont à la hausse, mais notre financement demeure inchangé ou, pire encore, diminue.

Que penseriez-vous de trouver de nouveaux outils qui pourraient être ajoutés à notre coffre à outils pour aborder les problèmes sociaux et économiques les plus menaçants ?

Il y a un outil qui est utilisé souvent le secteur sans but lucratif qui s’est avéré de plus en plus efficace dans les situations difficiles.  Il s’agit de l’adoption d’un modèle d’affaires qui s’appelle l’entreprise sociale.  Les entreprises sociales sont les entreprises communautaires qui s’engagent dans le marché pour la vente de leurs biens ou de leurs services pour la réalisation d’objectifs d’ordre social, culturel et/ou environnemental ; les profits sont réinvestis pour optimiser la « mission sociale » de l’entreprise.

Le recours au modèle de l’entreprise sociale est devenu une source de « solutions » dynamiques face à de très nombreux problèmes : la pauvreté, l’intervention et la prévention, la création d’espaces de loisir dans la collectivité, l’élimination de l’exclusion sociale, la protection de l’environnement, la promotion du développement socio-économique, la promotion des arts et le renforcement de modèles durables dans le secteur sans but lucratif.

La création d’une entreprise sociale peut augmenter le nombre d’emplois pour les personnes qui sont souvent exclues du marché de l’emploi, comme les personnes handicapées, les personnes ayant des problèmes de santé mentale ou les personnes qui ont un dossier judiciaire.  L’ancien modèle le plus fréquemment utilisé était le modèle de « formation à l’emploi » pour aider les personnes exclues à réintégrer le marché du travail.  Malheureusement, les « outils » qui ont été souvent proposés dans le marché du travail traditionnel ne fonctionnaient pas avec les personnes qui sont souvent à l’extérieur du système.  Nous avons fini par comprendre que les programmes de formation à l’emploi sont moins efficaces qu’un emploi réel.  Dans ce contexte, l’entreprise sociale devient le « nouvel outil », c’est-à-dire une entreprise qui a pour mission sociale de donner un emploi immédiat aux personnes exclues.

Les exemples de réussite son nombreux : l’organisme BUILD à Winnipeg mis sur pied pour aider les Autochtones et les jeunes à risque ; à Toronto, Eva a créé un atelier d’impression qui emploie les jeunes de la rue ;  EMBERS est un centre de ressources de main-d’œuvre à Vancouver qui emploie les sans-abri et les résidents du  Downtown Eastside ; à Ottawa, le service de traiteur, appelé Krackers Catering, a été mis sur pied pour embaucher des personnes handicapées ; nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples.

Il est difficile d’aborder les problèmes socioéconomiques complexes et récurrents sans avoir accès à un coffre à outils complet. Ces problèmes exigent de l’innovation et de la collaboration étroite entre les différentes parties prenantes, dont le gouvernement, le secteur privé et le secteur communautaire.

Si nous examinons l’évolution des entreprises sociales depuis quelques années, nous constatons qu’il y a un réel besoin de mettre sur pied un écosystème approprié pour assurer leur succès.  Les intervenants qui travaillent dans les entreprises sociales et dans les organismes sans but lucratif doivent apprendre à identifier les informations et les ressources qui augmenteront la capacité de leurs initiatives. Après l’acquisition des connaissances de base, les intervenants pourraient s’engager dans un processus de mentorat pour identifier plus facilement les ressources disponibles. Ils doivent également développer un plan d’affaires mixte avant le lancement d’une entreprise.

Depuis plus de 15 ans, les organismes sans but lucratif favorables à l’entrepreneuriat étaient les pionniers dans ce secteur.  Voir le site web des organismes sans but lucratif entreprenants (www.enterprisingnonprofits.ca).  Le programme Innoweave, créé par la Fondation McConnell, a vite reconnu  les opportunités d’apprentissage associées à ce nouveau secteur.  Plusieurs entreprises sociales ont été identifiées, menant à la création d’un nouveau module offrant plusieurs volets de renforcement des capacités.

En matière d’entreprise sociale, Innoweave propose des ressources en ligne, des webinaires et des ateliers qui permettent aux organismes sans but lucratif d’explorer et d’évaluer les avantages associés à l’entreprise sociale.  En plus d’organiser des ateliers, Innoweave offre des subventions modestes pour favoriser le processus de mentorat et pour identifier les besoins réels de l’organisme bénéficiaire qui contemple sérieusement la création d’une entreprise sociale.

Le processus mis sur pied par Innoweave, l’apprentissage et le mentorat ont tous pour objectif d’aider les organismes sans but lucratif à évaluer leurs besoins réels et à développer un plan d’affaires pour la création d’une entreprise sociale.  Est-ce que cet outil convient à vos besoins et pourrait soutenir votre mission sociale tout en vous identifiant les sources de financement durables ?

Les organismes sans but lucratif sont reconnus pour leur créativité et la diversité de leurs coffres à outils.  À titre d’animateur de plusieurs webinaires et d’événements d’apprentissage, organisés en conjonction avec Innoweave, j’ai souvent observé que l’énergie et la passion sont les deux attributs qui ont le plus aidé les organismes sans but lucratif à profiter pleinement de ce nouvel outil qu’est l’entreprise sociale.  Elles sont dirigées par des personnes dynamiques qui apprennent et qui s’adaptent à une nouvelle réalité dans laquelle elles combinent l’enthousiasme et l’engagement pour résoudre les enjeux communautaires en tant que véritables gestionnaires d’une entreprise viable.

Innoweave et ses partenaires lancent Impact collectif pour les jeunes

Innoweave a le très grand plaisir d’annoncer le lancement du nouveau programme, Impact collectif pour les jeunes, en partenariat avec la Fondation Laidlaw et avec le soutien du gouvernement de l’Ontario. IC pour les jeunes sert de point d’appui pour une multitude d’approches en impact collectif. L’objectif global est d’améliorer les résultats chez les jeunes dans différentes collectivités en Ontario.

IC pour les jeunes sera lancé officiellement à Toronto le mardi 2 décembre et nous attendons avec impatience l’engagement de parties prenantes, de collaborateurs et d’organismes intéressés qui rendront encore plus dynamique cette nouvelle opportunité.  Le théâtre Nancy du YMAC a fait salle comble en attirant plus de 150 personnes qui désiraient recevoir plus d’informations sur les ateliers, le mentorat spécialisé et les subventions qui seront accordées dans le cadre de IC pour les jeunes et dont l’objectif sera de soutenir l’avancement de diverses collaboratives qui offriront des services aux jeunes pendant la période de mise en œuvre de l’initiative IC.  L’objectif global est de favoriser des résultats positifs pour les jeunes de l’Ontario.

Aujourd’hui, nous avons lancé IC pour les jeunes à Ottawa.  La même initiative sera lancée la semaine prochaine à Kingston, Hamilton et London.  Si vous n’avez pas eu l’occasion de participer à la séance d’information et que vous désirez recevoir plus d’informations, cliquez ici  pour vous inscrire à la prochaine session ou au prochain lancement communautaire qui aura lieu dans votre région. Vous pouvez également transmettre vos questions par courriel à l’adresse info@youthci.ca.

Lancement de l’initiative IC pour les jeunes à Toronto.

Lancement de l’initiative IC pour les jeunes à Toronto.

L’évaluation évolutive facilite l’innovation

Par Ken Hoffman, membre de l’organisme One World Inc et mentor spécialisé en évaluation évolutive  

Nous sommes dans une période très intéressante parce que les gouvernements et les services sociaux réalisent aujourd’hui que les programmes conventionnels ne permettent plus forcément de répondre à des questions complexes comme l’itinérance et l’obésité infantile. Ils cherchent de nouveaux partenaires et des approches innovatrices pour explorer d’autres avenues, notamment en matière de financement. Ce type d’innovation nous oblige en revanche d’explorer des territoires parfois inconnus, puisque les outils conventionnels ne fonctionnent plus. C’est un peu comme être perdu dans une grande ville, avec une boussole, mais sans carte pour retrouver son chemin.

Les approches conventionnelles, l’évaluation de progrès et l’évaluation sommative, sont plutôt inutiles quand on ne comprend pas bien le problème et quand on n’a aucune idée des possibles. Les spécialistes de l’innovation sociale cherchent des approches qui permettent d’étudier en profondeur les enjeux complexes qui se présentent pour ensuite élaborer des solutions potentielles selon l’information recueillie. Michael Quinn Patton a créé l’évaluation évolutive pour ce genre de situation.

L’évaluation évolutive est une approche où l’on apprend tout au long de son cheminement plutôt que de se baser uniquement sur les notions de succès et d’échec. Cette approche s’adresse à tous les organismes ou groupes qui veulent approfondir leurs connaissances et innover. Il est important d’être ouvert d’esprit si l’on veut trouver de nouvelles perspectives, en plus d’essayer plusieurs approches pour trouver la bonne. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’échec peut être une belle occasion d’apprentissage.

Jamie Gamble a défini les trois principales étapes de l’évaluation évolutive. Tout d’abord, on doit remettre en perspective l’enjeu qui se présente. Les intervenants doivent préciser comment ils comprennent la question. Dans un même groupe, plusieurs personnes peuvent chacune avoir leur définition de la situation en question. Différentes perspectives permettent d’avoir une vision plus tridimensionnelle. Le groupe doit présenter clairement toutes ses hypothèses pour ensuite les étudier en profondeur. Les intervenants sont par la suite en mesure de définir leurs objectifs et les conditions nécessaires pour les atteindre. Cette étape se nomme la théorie du changement, qui est un exercice qui permet à toutes les parties concernées d’indiquer leur vision de l’enjeu, ce qui permet d’établir collectivement une intervention ciblée.

Les intervenants doivent ensuite tester les solutions potentielles qui se présentent, de préférence à petite échelle pour tirer le maximum de profit du processus. L’évaluation évolutive est un processus où l’on apprend au fur et à mesure pour s’améliorer.

Enfin, on doit suivre l’évolution du processus d’innovation. De nombreux imprévus risquent de se présenter, d’où l’importance de tester ses hypothèses au fur et à mesure. L’évaluation évolutive permet également de mieux comprendre les enjeux concernés et définissant clairement pourquoi certaines décisions ont été prises à différentes étapes du processus. Cette information est particulièrement utile pour innover dans un nouveau domaine.

Voici quelques exemples où l’évaluation évolutive est un processus utile :

  • L’agence de services sociaux Eva’s Initiatives, qui travaille auprès de jeunes sans abri de Toronto a mis en place une initiative de mobilisation pour inviter les communautés à développer leurs propres stratégies pour surmonter l’itinérance chez les jeunes. Au Canada, peu de communautés sont dotées des compétences pour réellement résoudre le problème. Les responsables de cette initiative ont choisi de regrouper un petit nombre de communautés, puis de faire appel à un « coach » pour les aider à trouver l’expertise et le financement nécessaire. Les communautés ont également appris mutuellement au cours du processus en plus d’approfondir leurs compétences. Grâce à l’évaluation évolutive, l’agence a créé sa propre théorie du changement et elle s’est penchée sur l’expérience des participants pour déterminer l’efficacité du modèle.
  • L’obésité et le manque d’activité physique chez les jeunes posent un problème de santé majeur. PHE Canada est une organisation nationale fondée sur l’affiliation des membres qui travaille conjointement avec des professeurs d’éducation physique pour promouvoir la santé en milieu scolaire. Leur programme aide les établissements d’enseignement à transformer leur culture pour que la santé figure au cœur de toutes leurs activités. Ils ont créé un mouvement social fondé sur l’évaluation évolutive pour diffuser les initiatives de santé qui sont entreprises par les écoles canadiennes.

Dans les deux cas, l’évaluation évolutive est un outil qui permet aux organismes comme ceux-ci d’élaborer, tester et adopter de nouvelles approches pour surmonter des défis complexes qui se présentent.